Michel Angeliwenoni

Sur la grande colonne nord de la croisée du transept, se dresse la pierre tombale monumentale de Michel Angeliwenoni, en marbre noir et aux colonnes de marbre rouge ; elle est surmontée de son saint patron en marbre blanc, qui terrasse le dragon à l’aide d’une lance. Angeliwenoni fut le chirurgien de la chambre des archiducs Albert et Isabelle. Il assista aux obsèques de son patient l’archiduc en 1621 ; dans une description de la cérémonie rédigée par Butkens, il est appelé Michel-Ange Invenonis.

Décédé en 1625, son cénotaphe porte l’inscription suivante :

« Michiel Angeliwenoni

Cirvrgien de camera de levrs AA.SS. Albert

Et Isabella Archid.d.Avst. dv. de B.Br. etc.

Movrvt

Le XVI doctore M.DC.XXV.

Qvi at fonde en ceste eglise

Vne messe iovrnaliere et perpetvelle avgrand

Avltel de nre Dame a dix hevrs et demi

Vn aniversaire chaté solenel ledit iovr de

Son trespas et distribvon avx orphelins

Et povres escoliers de leglise de S.ta Gvdila

Dvn pain de devx patarts a chacvn

Limaige de n.re Dame av bateav pendant

Av mitant de ceste esglise

Avx IIII mres IIII florins a chn et V

Av sacristain rovr [pour] le soing de laccoplissemt

Et en defavlt

Les execvtevrs dv testament dv

Fvndatevr ov levrs hoirs le

Powoir transferer en avltre eglise

Orate pro eo »*

Cette épitaphe peut être retranscrite dans un français plus actuel :

« Michel Angeliwenoni

Chirurgien de chambre de Leurs Altesses Sérénissimes Albert

et Isabelle archiducs d’Autriche, ducs de Brabant, etc.

Mourut

le 16 octobre 1625.

Qui a fondé en cette église

une messe journalière et perpétuelle au grand

autel de Notre Dame à dix heures et demie ;

un anniversaire chanté solennel ledit jour de

son trépas ; et distribution aux orphelins

et pauvres écoliers de l’église de Sainte Gudule

d’un pain [d’une valeur] de deux patards à chacun ;

[et] l’image de Notre Dame au bateau pendant

au mitant de cette église ;

aux quatre marguilliers, quatre florins à chacun ; et cinq [florins]

au sacristain pour le soin de l’accomplissement ;

et à défaut [de cet accomplissement],

les exécuteurs du testament du

fondateur ou leurs hoirs [héritiers] [auront] le

pouvoir [de] transférer [cette fondation] en [une] autre église.

Priez pour lui »

D’après cette inscription, Angeliwenoni offrit notamment une barque, pendue au « mitant », c’est-à-dire le milieu de l’église. La barque transportant une statue de Marie évoque un épisode miraculeux, capital dans l’histoire de l’église. En 1348, la Sainte Vierge apparut en songe à une dévote anversoise, Béatrice Soetkens, lui ordonnant d’emmener à Bruxelles une statue miraculeuse à son effigie – Notre Dame à la Branche – qui était négligée. Une force mystérieuse retint ceux qui essayaient d’arrêter la pieuse femme. Elle embarqua la statue sur une nef qui fut poussée de façon inexplicable sur l’Escaut et la Senne, sans voiles déployées. Le duc Jean III de Brabant, entendant parler du miracle, accueillit la statue et l’installa dans la chapelle des arbalétriers située en dehors des murailles sur un terrain sablonneux et qui était dédiée à Notre-Dame. La statuette produisit encore des miracles jusqu’à sa destruction par les calvinistes en 1580. Elle attira de très nombreux pèlerins, ce qui décida les arbalétriers à construire l’église dès 1400 que l’on connaît aujourd’hui.

On a longtemps pensé que la barque offerte par Angeliwenoni était celle située sous la grande rosace dans le transept sud, à laquelle son cénotaphe fait face. Cependant, en regardant de plus près la tête peinte dans le cartouche de la barque, la ressemblance avec le buste du chevalier de Bourgeois, au sommet de son monument funéraire accroché sur la colonne au sud de la croisée du transept (la première colonne sur la droite de la nef), saute aux yeux. Peut-être Angeliwenoni a-t-il offert une autre barque, qui aurait disparu ?

On remarque, accroché à la colonne au-dessus du monument Angeliwenoni, un Jacquemart (automate) du XVe siècle, en armure d’écuyer et qui sonne les heures. L’origine du mot vient de Jacques, sobriquet pour les paysans en France, et mart pour le marteau avec lequel ils sonnaient l’Angélus.

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